Vue de l'église Saint-Martin ; empreintes d'histoire : la Renaissance

400ème anniversaire de la dédicace de l'autel dit "des trépassés".



Pourquoi parler ici d'un élément décoratif de l'église saint Martin de Luceau ? Qui de nous voit encore dans ces "choses" d'église un trésor à faire connaître ? Quel enrichissement notre dynamique village peut-il espérer d'un retour sur des éléments historiques si éloignés ?

 

Jusqu'à l'an passé, ces questions m'ont paru tellement pertinentes qu'il ne m'a pas paru digne du moindre effort personnel d'entreprendre une action quelconque pour redonner de la visibilité publique à l'église saint Martin de Luceau. Bien sûr, j'ai animé des après-midis de présentation de l'église lors des journées du patrimoine, j'ai parlé de cette église aux "ainés ruraux" lorsqu'ils ont visité notre canton, mais il ne s'agit pas là d'un effort à porter à mon crédit. Toutes ces initiatives sont prises par les collectivités publiques auxquelles j'ai, comme bien d'autres bénévoles, volontiers apporté mon concours. Oui, cet article est véritablement mon premier effort personnel pour qu'on s'intéresse d'un peu plus près publiquement à l'église saint Martin de Luceau.


Quand, dans un village, il y a un dolmen, témoignage de temps préhistoriques, à peu près tout le monde l'a un jour ou l'autre regardé. En général, ça flatte le village de se savoir ancré dans un temps où la vie n'était pas aussi bien aménagée et la survie difficile.

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photo 1 :Retable de l'autel des "trépassés" ; Luceau

On y voit une sorte de prédestination favorable  au maintien de la vie en ce lieu et garante d'avenir. Mais peu imaginent les hommes et les femmes qui l'ont réalisé. Alors, c'est parfois au détour d'une émission de télévision ou d'une lecture que la curiosité se réveille et que la "quête d'histoire locale" reprend. On voit même parfois, dans des fêtes locales, la traduction en costume de ce retour du passé. C'est un peu sur cette visée que je me suis placé immédiatement lorsque j'ai lu sur l'autel dit "des trépassés" à l'intérieur de l'église saint Martin de Luceau l'inscription d'une date 1610.(voir photo 1)

1610, mais c'est "bon sang bien sûr" l'année de la mort d'Henri IV, le vair galant ! Et d'imaginer à Luceau, une fête où nous nous déguiserions en personnages de la Renaissance !

Mais voilà, la peinture de cette inscription est-elle de 1610 ? Quelle authenticité pour cette inscription ? Recourir à l'expertise historique prendra certainement plus de temps que se renseigner sur Internet,-même s'il faudra "in fine" y recourir.  Alors, malgré les risques d'erreur, pourquoi pas Internet au moins dans un premier temps ? Dès ce moment, il m'est revenu deux éléments en mémoire.

D'une part, sur le chemin de saint Jacques de Compostelle, j'avais vu un "retable" magnifique dont certains éléments ressemblent à ceux d'ici. J'avais retenu qu'il était l'œuvre d'un sculpteur célèbre mort à cet endroit aux alentours de 1540 avant de l'avoir achevé. Son nom : Damian FORMENT sculpteur des rois d'Aragon.



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Photo 2 (photo Rafael
Rue): retable de l'abbaye de Poblet (catalogne)

Ensuite, chaque été, je me rends en Catalogne espagnole, région où sont construits des monastères de grande réputation. Parmi ceux là, le monastère de l'abbaye Sainte-Marie de Poblet. Il  possède un magnifique retable d'albâtre sculpté, devinez par qui ? … justement par Damian Forment.

Regardez-le bien sur la photo et comparez avec ce que nous trouvons comme éléments sur le retable de Luceau. Personnellement, la similitude me paraît évidente. C'est l'ampleur de l'ouvrage qui est différente mais la parenté "architecturale" est visible. Sur Internet, on dit que Damian Forment est né à Valence (Espagne) et qu'il a voyagé pour apprendre son métier en Italie. C'est donc un sculpteur de la Renaissance espagnole dont les œuvres monumentales on pu fortement impressionner ceux qui les virent, notamment les pèlerins du chemin de Compostelle. Voilà pourquoi, même si la chaux anthracite de la mention 1610 n'est pas d'époque, l'autel des trépassés de Luceau, peut bien, en première approche,  appartenir au courant d'œuvres artistiques remarquables de la Renaissance en Sarthe.


C'est pourquoi, à cause de cet ornement de l'église saint Martin, si l'on doit faire des fêtes costumées en 2010 dans notre village, il ne serait pas iconoclaste d'y voir les costumes des belles dames et des beaux messieurs de la Renaissance !


Jean VIGNAUD

La grande maison

72500 - LUCEAU

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