Pourquoi la majorité des français ne rejoint-elle pas le mouvement des Gilets Jaunes?

Par Marion Vende

 

Les différents échanges, discussions que j'ai pu avoir ces derniers temps avec différents groupes (travail, associations, passants...) révélaient un refus certain de suivre les gilets jaunes, non pas pour ce qu'ils revendiquent de façon bruyante et souvent maladroite : le R.I.C., le pouvoir d'achat, les retraites...

Non..., ils ne sont pas suivis parce qu'ils font peur, ils dérangent.

 

Ils ne font pas peur à travers les quelques actes violent qui passent en boucles dans tous les J.T, personne n'est dupe à la manipulation des des images par les médiats et des politiques qui les accusent de tous les maux de la France: la baisse de la consommation, le trou de la sécurité sociale....

 

Ils font peur parce que se sont des gueules cassées, des sans dents. Des personnes abîmées par la vie, le travail, le manque quotidien d'argent pour bien manger, pour bien se soigner.

Beaucoup sont handicapés, nombreux sont des accidentés du travail, beaucoup sont juste des accidentés de la vie.

Comme le handicap fait peur et nous ramène à nos angoisses les plus profondes, à notre peur la plus irraisonnée d'une éventuelle contagion, nous avons peur d'une contagion de la misère.

Ces gueules, ces sans dents, ramènent aux angoisses les plus profondes du français moyen, comme si le peu de ses petits biens matériels acquis allait disparaitre au contact de ces gens pauvres, "bruyants", "mal éduqués".

Et pourtant, derrière ces "gueules"  se cachent la plus grande humanité, la plus grande solidarité que la France n'est connue depuis si longtemps.

Une entraide des uns et des autres dans le quotidien pour un repas, pour aider certains à retrouver un travail, un logement.… une conscience politique et sociale nouvelle, un refus total de n'être qu'un pion  esclave d'une société capitaliste.

- "Travaille, consomme et ferme ta gueule" peut-on entendre un dimanche matin dans une grande surface. "Dimanche pour tous !!"

Cette colère légitime et ces revendications sont en fait la manifestation bruyante d'une demande au droit au bonheur pour tous.

J'ai moi même mis un certain temps à comprendre et à rentrer dans ce mouvement. Non pas que ces gueules cassées me faisaient peur, ou que leur niveau de vie me séparait d'eux, puisque moi même, je ne possède rien mais parce que dans ma vie, dans mes choix, même en tant que pauvre, je suis heureuse.

Beaucoup de personnes financièrement pauvres comme moi n'ont pas rejoint le mouvement parce qu'elles sont épanouies dans leurs vies, les artistes par exemple.

Ces personnes là sont non seulement pauvres mais tiraillées, souvent malheureuses et accidentées par la vie.

Ce cri, cette révolte, c'est aussi un appel au bonheur partagé, et l'on ne devrait pas penser le pays en fonction de pouvoir national brut mais en rapport avec son Bonheur National Brut.

De sa capacité à produire un ensemble de biens et de richesses qui tend avant tout à l'égalité, au bien-être de tous et non à la production et  l'accumulation de biens matériels.

Finalement, la révolte première des Gilets Jaunes ce n'est pas le pouvoir d’achat, mais le pouvoir d'achat au service  du bien-être (consommation de base, soin de base, plaisir de base).

On ne devrait plus voir de gueules cassées, de sans dents, d'immeubles qui s'écroulent (et des maire responsables toujours en place...) dans un pays bien géré par un BNB.

Au court de cette année, si les Gilets Jaunes n'ont pas obtenu leurs revendications premières, s'ils se sont fait malmenés par l’État policier, par le dénie, par le mépris des français, ils ont trouvé en eux-mêmes la force, la confiance et leur propre reconnaissance. Ils ont trouvé l'entraide, l'égalité et un certain bonheur partagé.

Ils l'ont acquis par eux-mêmes, par leurs propres moyens... ce qu'ils ont acquis, ils ne le perdront pas.

La lutte anticapitaliste, le respect pour les travailleurs, pour les retraités, le respect du repos le dimanche....etc.

Le rejet d'une société basées sur la consommation.

Ils n'avaient pas accès à cette consommation, ils se sont révoltés, maintenant ils se révoltent contre le capitalisme... "Anti, anticapitalisme ha ha !!"

Ils se révoltent pour le bien collectif.

Les courants politiques sont divers, beaucoup étaient apolitiques au départ. Certain se réclament du Front National, d'autres de la France insoumise, beaucoup basculent vers l'écologie via XR ou devant la figure de Yannick Jadot.

Ils ne s'encrent pas directement dans des courants politiques mais d'avantage dans des actes citoyens.

On reproche assez facilement aux Gilets Jaunes de regrouper des personnes proches du Front National. C'est un rassemblement contre les inégalités.

Quand vous travaillez dur, que vous êtes éloignés de tout, des villes, de la culture, des soins de base alors vous êtes en colère contre tout, il faut toujours un bouc émissaire, les autres, les autres français, les immigrés.

Le racisme est une idéologie, c'est la haine d'une race...  Je n'ai pas trouvé de racisme à proprement parler parmi les Gilets Jaunes mêmes si parfois il y a des débordements (ne nous cachons pas).

Ces débordements ne sont pas le fait de race mais d'inégalités.

Si l'on rétablissait l'équilibre, si l'on travaillait ensemble à la question d'un B.N.B. alors le Front National (et donc la question de la race) serait quasi inexistant.

S'ils pouvaient voter, les migrants qui obtiennent justes leurs papiers, voteraient F.N. non pas par haine de l'autre mais par peur de perdre le peu de biens acquis... C'est une réalité.

Le F.N. ne naît pas de la race mais de la peur d'une mauvaise répartition des richesses.

Mais revenons à nos moutons, le changement ne viendra pas des courants écologistes ou gauchistes qui cultivent malgré eux l'entre-soi et la peur des autres, mais de ce courant informe, absolument incontrôlable et mal organisé des Gilets Jaunes.

En une année, ils ont transformé profondément les valeurs de la société.

J'y ai trouvé la plus belle humanité, une profondeur que je ne connaissais jusque là dans aucun courant.

Cette force, mais aussi souvent ces difficultés à s'organiser, à canaliser certaines tensions, à accepter les différences de chacun m'a profondément bousculée, transformée.

Ce mouvement touche peut-être à sa fin dans sa formation première car on ne construit rien sur la colère et les individus qui forment les GJ fusionnent progressivement avec les courants politiques qui leur ressemble.

Je tenais par ce billet d'humeur à exprimer tout mon respect et tout mon amour pour les personnes rencontrées et pour ce qu'elles ont bousculées dans notre société.

J'en appelle aux autres mouvements à soutenir les Gilets Jaunes et à les aider à s'organiser pour que leur parole devienne audible.

 

M.V.

 

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