« Migrants, réfugiés, un exode qui peut arriver à tout le monde »

En 1937 et en 1939, la ville de Château-du-Loir, sous la mandature de Gaston Perrin, a accueilli des habitants de Courbevoie et également de nombreux espagnols fuyant la guerre civile en leur pays. À la demande de la préfecture lors de la déclaration de la guerre en 1939, de nombreux habitants de Courbevoie ont été hébergés par la municipalité de Château-du-Loir. Parmi les réfugiés, des écoliers font partie du voyage, encadrés de leurs maîtres et maîtresses, et sont hébergés au Manoir de Riablay. Un service d’accueil distribue des vivres aux évacués arrivant en gare. Un service de restauration est mis en place rue Jean-Baptiste Nourry pour manger midi et soir. Pour remercier ce geste d’humanité, envers la ville de Château-du-Loir, une avenue a été baptisée à Courbevoie « Avenue de Château-du-Loir ».

L'histoire du monde se répète inexorablement. En Espagne, de juillet 1936 à avril 1939, sous la dictature de Francisco Franco, une guerre civile opposa le camp des « nationalistes » à celui des « républicains ». Celle-ci contribua à l'exode de 700 000 Espagnols qui pour éviter les représailles, rejoignirent la France. Le lundi 7 Juin 1937, vers 20 h. un train spécial arrive en gare: 326 réfugiés de la région de Bilbao, via La Rochelle. Gaston Perrin avait rapidement aménagé un centre d'hébergement dans l'ancien local de  "La boîte Métallique" rue du 11 Novembre. Assisté de son Conseil, il mit tout en œuvre pour assurer le meilleur accueil à ces malheureux, en majorité  des femmes, des enfants, des vieillards. Il fit appel à la générosité des Castéloriens. Le 28 Juin 1937, un nouveau contingent de 140 réfugiés de Santander arrive en gare de Château du Loir. 

Anita Clément témoigne de cette époque où ses parents Manuel et Encarnatiôn Rueda, paysans pauvres andalous de Ronda la Vieja (Màlaga) ont fui l’Espagne avec leurs 2 filles, Maria et Anita. Un périple de 1936 à 1940, entre Ronda (Andalousie) et La Chapelle-aux-Choux (Sarthe).

« Séparée de son mari résistant, ma mère perdit Maria au cours d’une débâcle à Almuñécar. les soldats descendaient de la montagne en tirant sur tous. Ma mère dit à son frère Rafaël, qui avait 14 ans, de prendre l’aînée et de courir. Rafaël fut blessé et perdit la garde de la petite fille. Le lendemain, il n’était pas question de revenir en arrière. Il fallait toujours aller de l’avant pour sauver sa vie, la famine était là » témoigne, l’ancienne adjointe chargée des affaires sociales.

Anita Clément, quel est votre sentiment aujourd'hui ? « Migrants, réfugiés, un exode cela peut arriver à tout le monde. Pour s’en sortir, il faudra avoir la chance de rencontrer les bonnes personnes. Enfant, je n'avais pas de racines, j'étais hors sol ! Je sais ce que je dois aux élus de la Chapelle-aux-Choux et de Saint-Germain d'Arcé, à mon maître d'école, à mes professeurs de La Flèche, à plusieurs voisins. À Château-du-Loir, en 1980, nous avions créé un comité d'accueil pour les Boat People. Nous avons accueilli plusieurs familles. J'étais chargée de l'administration, de la francisation, de la santé. C'est une aventure pour tous, accueillants et accueillis. Disponibilité, constance, patience, sont fortes utiles. Gérer cette aventure-là, cela se peut, beaucoup l'ont fait. Que l'engagement soit solide pour tous. Après, le temps fera son œuvre »

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Maria, Ainera, Carme, Joaquin, Biera-Gilabert,

Daniel Chollière et Jacqueline Michelet

Dimanche 5 septembre, un couple d’Espagnols Joaquin et Carme Gilabert accompagné de leurs deux filles, Maria et Ainara, ont fait le voyage pour reconstituer le périple du père de Joaquin, âgé de 4 ans à l’époque et de sa mère, partant d’Espagne pour être accueillis dans un centre d’hébergement, situé rue du 11 Novembre à Château-du-Loir.

Ayant eu connaissance de ce voyage, Daniel Chollière, Président du club d’Histoire locale de Château-du-Loir et de Jacqueline Michelet, membre du club, ont transmis à la famille leurs connaissances historiques sur le centre d’hébergement des réfugiés

« Mon père « Joaquin Biera Garde » est né en 1933 à San Sébastien (Pays Basque) où il habite encore. Avec sa mère, ils ont fui la guerre civile. Partant de San Sébastien, ils ont rejoint Santander, pris un bateau jusqu'à Pauillac en Gironde et ensuite, voyagé en train de la Rochelle jusqu’à Château-du-Loir, où ils sont ress jusqu'à l'automne de 1937 » explique son fils  Joaquin Gilabert. Ce voyage pèlerinage permettra à Maria, étudiante, de présenter une vidéo concernant ce sujet.

Documents et témoignages par Daniel Chollière Président de l’association de l’histoire locale de Château-du-Loir, Anita Clément, et deux castéloriens aujourd’hui décédés, Sylvain Louchet et Pierre Éprond.

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